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Pour ne plus s'enferrer sans cesse

Contribution à la mutualité des acteurices chorégraphiques d’AC PACA, par Gaalad Le Goaster, mars 2018.

 

[...]

Une attention sauvage

 

« Agis dans ton lieu, pense avec le monde. » Voilà une phrase lâchée par Edouard Glissant il y a quelques années déjà.
Cette phrase est une bombe qui n'a pas encore explosée. Cette « pensée archipélique », elle sert de moteur et de motivation à bien des artistes qui cherchent d'autres types de relations au processus, aux interdépendances et aux
déterminismes de leurs professions, aussi. Bien des acteurs culturels traduisent en actes cette phrase dans leur pratique
(praxis ?), et en cela inscrivent leurs discours dans une cohérence qui dépasse la simple relation à l'artiste, pour sensiblement trouver sa place dans une transformation du réel coopérante, apprenante, et nourrie d'échappement. C'est un effort de mener une conversation décloisonnée entre nos métiers, au travers de nos projets, et par-delà nos secteurs, qui replace ces notions de désir et de co-responsabilité dans une perspective constructive et peut-être, au commencement, plus minoritaire que systémique. Penser des constellations réarticulées de micro politiques, ouvertes sur une Europe qui se repense, elle aussi, par la multitude.


C'est pour cela que les frontalités, aujourd'hui, entre artistes et acteurs culturels et / ou programmateurs (ah les cordons de la bourse, ah le processus de légitimation, ah les critères, ah les dispositifs, …) apparaissent, au bas mot, déplacées.
Des frontalités qui empêchent majoritairement, au final, tout processus d'individuation d'un projet artistique structuré. Une individuation qui ne peut se produire qu'au contact d'un réel peuplé, et disponible à recevoir ce geste. Sans cela, toute injonction de co-construction, de mutualisation et de démocratie participative ne sera que précipité cosmétique d'une politique qui se précipite elle-même dans le vide soyeux de son propre discours culturel. Et cela va plus loin qu'une redéfinition de ce qu'est une délégation de pouvoir au sein d'un projet de service public.

Alors, qu'est-ce que penser en géographe ? S'inscrire et disparaître simultanément de son endroit d'énonciation peut-être, ou cheminer de l'endroit d'où la question n'est ni l'achèvement, ni l'inachèvement du "projet", mais la fabrication d'intensités instantanées, donc potentiellement plus productrices de densités de mémoires collectives, aussi.

 

 

Repenser les contextes, les environnements, par une observation décentrée des dynamiques qui les traversent. Penser par la conséquence, explorer les tensions structurelles implicites avant de se pencher sur les phénomènes opérationnels bien visibles, et embrasser la complexité du monde.


Fabriquer avec ce qui sourd de non advenu, relocaliser nos pratiques pour qu'un nomadisme choisi émerge, renforcer nos appuis éthiques. Et développer une attention sauvage, en détail de ce qui se libère, et au présent de ce qui se consume.

 

 

Ce texte n'est pas l'expression d'une rancœur, car nous aimons la fête, comme expression rituelle, sociale, solaire et solidaire de ce qui crée un commun. Un commun à l'intérieur duquel, dans cette articulation du vivant et du social, du Marcher, du Parler et du Penser, la danse a peut-être quelque chose à dire.


En deçà du langage ou à travers lui, de manière implicite et parfois désordonnée, de manière minoritaire peut-être, aussi, composer avec ce qui se révèle aujourd'hui dans les vastes multitudes, les hautes solitudes, et les repeuplements.


De cela, il faudrait se mettre à parler, sans avoir peur que le sol ne se dérobe sous nos pieds.

Acteurices Chorégraphiques en région Provence-Alpes-Côte d'Azur 2007 - 2026
acpaca.org

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