
Contribution à la structuration d’AC en région PACA,
par Anne-Marie Chovelon, octobre 2007.
Tout d’abord, il me semble que chacun de nous ne peut enrichir notre collectivité artistique qu’en s’appuyant sur ses expériences singulières (= qui n’ont pas de copies, donc uniques), qu’elles soient individuelles et/ou collectives. Je demande au lecteur un peu de patience, car ce qui peut paraître des détours parfois trop personnels ne seront dans ces réflexions que des détours pour tenter de communiquer avec vous, sachant que ces expériences ne valent pas plus que les vôtres.
Depuis que je suis en compagnie (1982) les questions de collectif, de pouvoir et de relation à l’institution n’ont cessé de me questionner. A chaque cycle de ma vie ont correspondu des choix, des actes. La marge que j’ai voulue à partir de 1995, car c’était l’endroit où je me trouvais le plus libre, ne m’a jamais coupée des interrogations, des difficultés que rencontraient les autres danseurs. Ce choix individuel respecte un autre choix qui implique, en demandant des subventions, de composer au quotidien avec les institutions et à travers eux avec l’État, qui ne devrait être dans l’idéal qu’un outil d’enrichissement humain de la société, sous un régime démocratique.
L’une de mes références à ma réflexion d’aujourd’hui, c’est la pratique militante d’une organisation anarcho-syndicaliste pendant 3 ans, et ma rupture d’avec cette organisation.
La rupture est venue de la conscience du fait qu’une organisation n’existe que par les forces vives qui l’animent, et que vu le manque de vie réelle, la structuration interne était lourde, asphyxiante et désuète.
Ce qui a été très positif, c’est l’apprentissage à la compréhension d’un courant de pensée méconnu, avec ses théoriciens, ses pratiques, etc…
La pensée social-anarchiste n’a rien à voir avec l’anarchisme individuel (cf. l’anarchisme de salon d’un Richard Martin !). Le noyau de cette pensée est la conviction que les sociétés humaines peuvent s’organiser autour d’un principe très simple, celui de l'entraide en lieu et place de celui de la dévoration des plus faibles par les plus forts. Ce ne fut pas qu’un vœu pieu à certains moments de l’histoire, comme par exemple lors de la révolution espagnole, en Russie et ailleurs… (un des slogans de l’époque : l’anarchie n’est pas le chaos, le chaos c’est la démocratie !). La spécificité de l’anarchisme communiste, et ce qui fait peut-être encore qu’il est peu présent dans la mémoire collective, c’est qu’il a rejeté complètement l’idée marxiste du passage obligé par la dictature du prolétariat, convaincu qu’il était que la centralisation des pouvoirs créerait de nouveau une élite instrumentalisant le peuple (c’est ce qu’il s’est passé…).
Donc, quand je fais référence à l’anarchisme, c’est simplement en faisant le lien dans ma pensée entre cette culture politique toujours d’actualité et la manière et le fond d’AC (cf la Charte des AC PACA). (le fonctionnement de l’anarchisme social en caricature : regroupements de terrains et fédéralisme, ce qui implique de la part de chaque individu autonomie et moralité quand à l’intérêt commun).
Mes arguments en faveur du NON à la structuration d'AC PACA en association Loi 1901
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Nous sommes, associations, assujettis à des contraintes, des contrôles, des règlements de plus en plus lourds, complexes, étouffants. En quoi celle d’AC échapperait-elle à ça, même si ses statuts sont égalitaires en interne ??? les forces d’AC ne vont-elles pas s’y consumer ?
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Garder ce mouvement dans l’état, c’est lui permettre une réactivité proche de l’instantané. Ex : Si, pour prendre la décision de maintenir l’opacité nécessaire à nos futures actions, nous avions été en asso, comment aurions nous fait avec le problème des adhésions (est membre actif celui qui paie sa cotisation annuelle) ? Nous avons pu instantanément décider que la liste rouge concernait les personnes actives présentes : est membre actif celui qui acte, avec toute la mobilité que cela produit : entrer, sortir, participer quand on le peut, avec la charte comme socle éthique.
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Tout regroupement n’est vivant et réactif que par la force de chaque personne qui en fait partie. La structuration d’AC c’est nos actes concertés.
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Stratégiquement parlant : nos interlocuteurs institutionnels ont un pouvoir énorme de récupération des forces vives, quelles qu’elles soient. Nous le savons par expérience. Donner un cadre repérable et repéré à l’institution, c’est lui permettre d’utiliser des cartes connues par elle pour nous contrer. Et ce qui me semble le plus important, en terme de stratégie, c’est que la forme même de notre regroupement puisse questionner sans cesse nos interlocuteurs. Pour que quelque chose bouge. Cela établit une cohérence entre : nos diverses pratiques artistiques contemporaines en route (chaque AC), l’intelligence qu’elles font naître dans notre fonctionnement collectif pratique dans AC (notre pouvoir de travailler ensemble, cf. le déroulement des Universités d'Été), et l’existence visible de notre regroupement à l’extérieur (dont la structure même peut être en perpétuel devenir). C’est comme s’il y avait un lien entre la forme et le fond, de la même manière que nous le cherchons dans nos œuvres diverses et variées.
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Ça fait belle lurette que certains d’entre nous cherchent d’autres moyens de regroupement que les associations. Ce n’est pas uniquement parce qu’elles ont été perverties par nos pratiques mercantiles, mais peut-être qu’elles obligent à un certain fonctionnement qui ne correspond plus à la réalité.
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Lors de mon précédent courrier, j’ai fait une proposition concrète pour tenter de résoudre le problème actuel du fric. Ça circule.
Voilà, pour le moment c’est tout.
A bientôt, Anne-Marie
