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Pour quitter le vieux monde :
considérations préalables à toute relation démocratique vivante

Courrier d'AC PACA aux candidats aux élections municipales de juin 2021, avec appel à signataire


« La démocratie n’est pas (seulement) un régime politique, mais un principe. Principe non au sens de premier ou de fondement, mais au sens de volonté d’agir en politique en restant fidèle à une attitude respectueuse des choix de vie de chacun, porteuse d’un idéal de dignité de personne, soucieuse d’un respect de l’égalité, s’opposant à toutes les discriminations et toutes les injustices et livrant à la connaissance des citoyens l’intégralité des informations d’intérêt public qui les concernent » A. Ogien & S. Laugier, Le principe démocratie. Enquêtes sur les nouvelles formes du politique, La découverte, 2014.

        Considérant que notre collectif d’Acteurices Chorégraphiques - danseur·euses sociaux·ales - en région Sud a quitté le vieux monde pyramidal depuis 2007 à partir d’un NON MERCI ;

considérant que ces années d’apprentissage nous ont permis de goûter les plaisirs à écouter, à discuter parfois chaudement, à échanger, puis à décider ensemble :

nous exposons aujourd’hui des points essentiels afin de soutenir les nouveaux rassemblements citoyens et politiques qui constituent des entités complexes en devenir.

 

Nous souhaitons notamment participer à une co-construction des politiques publiques artistiques et culturelles, en favorisant un dialogue avec les parties prenantes.

Loin de nous la tentation du professoral ! Pour nous le professeur est l’expérience, au plus proche de ce qui fait l’essence de l’éducation populaire : créer de la pensée à partir d’expérimentations communes.

 

Les points qui suivent sont le témoignage d’un vécu actualisé par le dernier RENDEZ-VOUS Chorégraphique pré électoral du samedi 22 février faisant suite au texte Pour une nouvelle politique de la danse et des arts en mouvement à Marseille. Notre réunion acte l’idée suivant laquelle nous rendons lisibles les invisibles par les présences physiques et les témoignages épistolaires en réponse à un questionnaire précédant la rencontre.

 

Nous tirons parti des apprentissages de la danse - l'écoute chorégraphique en particulier - pour la tenue et le fonctionnement d'un travail collectif : les acquis d'un métier et de ses représentations, vieux de plus de… milliers d’années :

l'ÉCOUTE : un apprentissage du regard de l’autre « nous nous regardons / je te regarde, ça me regarde / tu me regardes, ça te regarde ». Le temps de la parole de l’autre sans intervention intempestive, les questions pour se faire préciser le sens des paroles, sont des attentions nécessaires aux modalités d’échange pour entendre et s’approprier une parole singulière ;

la CONFIANCE : comme donnée première, nous respectons nos singularités et nos identités. Nous pouvons donc compter les uns sur les autres à l'endroit de défendre une pensée commune et en réflexions, vers une politique et des actes souhaités ;

le BIEN ÊTRE & le RESPECT DU CORPS D'AUTRUI : une cohabitation physique et émotionnelle qui permet d’organiser le groupe et la circulation des informations dans le respect de la santé psychique et physique des act·eur·rice·s du projet co-élaboré (un savoir implicite des métiers de la danse que le succès de l’ergonomie au travail ne dément pas) ;

l'ENGAGEMENT : la capacité d’expérimenter sans concession un mode de fonctionnement sans digresser du cadre avant la fin de l'expérimentation ;

« Nous pensons l’engagement comme le fait de renouer avec le devenir. Dans chaque situation, le mal est ce qui bloque le processus, le bien ce qui l’encourage, ce qui permet le développement des possibles. » M. Benasayag, Abécédaire de l’engagement, Bayard, 2004.

l'ORGANICITÉ : faire usage de l’intelligence sensible pour appréhender les fonctionnements internes, intimes et du groupe, afin de sentir la confiance partagée et pour ne pas empiéter sur l’espace vital de chacun. Une biodiversité des pensées en action sert la richesse du projet ;

l'IMPROVISATION : en danse, elle est synonyme des codifications d'appréhension de l'autre à distance ou en contact. Ce sont des techniques déterminées dans l'intensité du travail et la transformation implicite d'un élément par l'autre. Apprendre à utiliser l’imprévu est fondateur car son surgissement facilite une évolution inattendue, raisonnée par la suite. Dans la maîtrise des outils de répétition, elle permet d’inscrire puis de transmettre ; tout comme la nature se saisit des opportunités pour se régénérer quelle que soit l’instabilité du milieu ;

l’ACTUALISATION DES DONNÉES, nous déterminons et sommes façonné·e·s en retour par une réévaluation permanente qui rend possible la transformation de nos pensées et de nos actes liés ;

l'INTERPRÉTATION nécessaire pour traduire les dires et surtout, les ré-exposer au groupe : c’est dans la manière de faire, d’avancer ensemble avec nos contradictions, que se tricote petit à petit un nouvel “être ensemble”, une nouvelle société (quelle que soit son échelle), vers la réalisation de nos orientations collectives ;

SE FORMER dans la relation à l’autre et ainsi « je peux changer en échangeant avec l’autre sans me perdre ni me dénaturer » (Edouard Glissant, La poétique de la relation) ;

des TEMPS donnés et co-décidés dans des lieux d’action co-déterminés ;

Vers un travail - une CRÉATION singulière, revendicable et défendable par tou·te·s : la complémentarité des talents ou des compétences, dans le meilleur des cas, fait œuvre commune, dépassant chacun.e de nous. C’est là le bien commun et la défense de l’intérêt général ;

les REPRÉSENTATIONS et la REPRÉSENTATION :

« Les représentations nous guident dans la façon de nommer et de définir ensemble les différents aspects de notre réalité de tous les jours ; dans la façon de les interpréter, de statuer sur eux et le cas échéant de prendre une position à leurs égards et de la défendre ». D. Jodelet (1992).

Mais encore, la représentation d’un pouvoir, d’un mandat, d’un travail artistique, d’un spectacle ou de toute autre œuvre. Des pratiques facilitent ces deux types de représentations : la transmission ou le devoir de communiquer pour favoriser la liberté de paroles et partager nos représentations (nos imaginaires et leurs symboles) ; mais aussi, multiplier l’exposition des paroles par chacun·e ;

CHORÉGRAPHIER : l’écriture chorégraphique fait loi des diverses pistes de recherche et pose à un instant T une composition affirmée rendant lisible les décisions prises à partir du processus, tel que ce texte aujourd’hui.

        C’est dans le respect et la considération pour nos différences que nous jetons des ponts pour relationner autrement, par des liens visibles et complémentaires. Ce premier maillage naît de l’organisation interne à nos travaux : comment se partagent et s’écoutent nos témoignages singuliers qui, par la relation, créent de nouvelles dépendances et indépendances ?

L’intérêt de la rencontre réside donc dans ce constat de différences entre les êtres et leurs cadres d’activités où des mises en relation, pensées ou hasardeuses, tissent un réseau d'interdépendances : le début d’un maillage est amorcé. Ainsi peut commencer une nouvelle géographie des territoires, riche de nos actions humaines grâce à nos correspondances - préalable majeur. Ces vecteurs relationnels doivent interroger l'actualité en permanence au risque d'être absorbés, de disparaître, ou d’être instrumentalisés.

 

Les dynamiques se mettent à l’œuvre dans la volonté de s'entendre grâce à un mode novateur de gouvernance pour générer des travaux atypiques (entendus comme sortant des normes, du déjà vu) que chacun·e peut revendiquer.

Cela implique des négociations vers l’entente pour des modes et des enjeux de dialogue et de résolutions qui en découlent ; que ces modalités décisionnelles soient entendues collectivement.

« Le positionnement humain au cœur des solutions

Nous constatons que certains lieux précaires et moins dotés deviennent fédérateurs alors que d’autres, pourtant mieux soutenus par des fonds publics, fonctionnent dans un minima de services mutualisés et coopératifs. La vivacité et l’ouverture dont font preuve certains lieux n’est due qu’à la volonté de partage et d’écoute des personnes qui les gèrent et les dirigent. Il nous semble donc de la première utilité que les équipes et direct·eur·rice·s de structures puissent être choisis en fonction de leurs réels projets d’ouverture sociale avec le souci du développement des arts actuels, et non autrement ; le pire restant “le fait du prince”. Ce sont ces qualités humaines qui sont à évaluer, ce que cela engendre comme « faire » dans le tissu social, et non uniquement l’évaluation d’économie marchande ou quantitative car ce « faire » soutient l’économie - : une économie ancrée dans du sens et les actions qui en découlent, à l’image des coopératives fondées sur un réel projet socioculturel et à contrario d’une culture consumériste. » Extrait du texte Pour une nouvelle politique de la danse et des arts en mouvement à Marseille.

 

Pendant que les appareils des partis et les vieux fonctionnements de prises de pouvoir agissent, d’autres travaillent à considérer du nouveau dans l’organisation sociale.

C’est dans cet état d’esprit que nous envisageons la poursuite de ces écrits-conseils afin de participer à une construction commune fondée sur des outils collaboratifs, inclusifs à toute la profession et au-delà. Nous revendiquons l’émancipation de la fonction pour répondre à une actualité que nous vivons comme nos réalités.

Nous sommes convaincu·e·s que seules ces nouvelles pratiques réciproques peuvent transformer le politique, dont nos métiers et notre engagement construisent notre expertise. Nous serons donc là et incontournables pour participer aux affaires de la cité.

 

Anne-Marie Chovelon, Christophe Le Blay, Philippe Madala avec le soutien de Michaël Cros, Bertrand Lombard - Act·eur·rice·s Chorégraphiques Région Sud - 24 mars 2020 Signataires : Véronique Albert, Nicolas Anguille, Juliette Anguille-Bouissou, Christophe Apprill, Ana Gabriela Castro, Jean-Marc Coppola, Jessy Coste, Hélène Ferracci, Aude Fondard, Sylvie Gerbault, Christophe Haleb, Sandrine Julien, Laurence Maillot, Elisa Nesta, Serge Ricci...

Les signataires mis à jour.

Acteurices Chorégraphiques en région Provence-Alpes-Côte d'Azur 2007 - 2026
acpaca.org

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